Faux roman d'espionnage, fausse enquête ou faux suspens. fausse tragédie amoureuse, fausse chronique de moeurs. Étrange façon de vivre explore le faux, s'inscrit en faux pour essayer de saisir les faux-semblants de la réalité et de la vérité. Curieusement Mrs Dalloway semble proche de cet écrivain barcelonais qui passe une journée entière à " serrer " au plus près l'absurdité de sa recherche. Mais Vila-Matas domine avec un humour décapant et une maestria virtuose cette ombre portée de lui-même en tâchant de répondre à cette question fondamentale : si Dieu n'est plus là pour nous regarder, qui nous voit ? Le romancier ? Bonne question déjà posée par Sartre il y a quelque soixante ans.
Étrange façon de vivre, peut-être, que celle d'un écrivain qui se nourrit d'histoires qu'il entend et de celles qu'il raconte, de poètes disparus, de rêves inachevés et de prosaïsme exacerbé, bref de soupe et de nuages, qui épie les uns, les autres, lui-même avant tout, et qui, pour conjurer l’ultimatum d’une maîtresse lasse de ses atermoiements, se lance à corps perdu dans la fabrication fantasmée de la fabuleuse conférence qu’il ne prononcera pas sur « les liens endogamiques entre la littérature et l’espionnage ». Mi-Shéhérazade, mi-Pessoa, l’écrivain, chez Vila-Matas, pense comme Proust que "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." C’est avec beaucoup d’auto-dérision et une inimitable façon de les mener en bateau qu’il en persuade ses lecteurs.